Quand, une tasse de café à la main, vous embrassez votre dulcinée dans le cou, les gouttes (de café) sur la moquette résultant de cette effusion sont-elles de l’art contemporain ? Si vous trébuchez dans les escaliers et que le seau d’eau savonneuse s’étale sur le papier peint, est-ce une atteinte iconoclaste aux talents du peintre ou l’expression d’un mouvement surréaliste ? Quand vous engueulez votre petit dernier qui décore la tapisserie en tentant d’atteindre une mouche en plein vol avec son sifflet, êtes-vous en train de brider sa créativité et d’anéantir un futur Alechinsky ?
C’est précisément pour répondre à ces questions que l’Office du tourisme de La Louvière organisait une balade à vélo sur le thème ARTour, dans le cadre de la biennale d’art contemporain. Le succès était au rendez-vous puisque pas moins de … quatre personnes ont répondu à la pelle (ben oui, un râteau, ça le fait pas) : Chris, François, Valérie et moi. A cette occasion, nous avons eu droit à deux accompagnateurs bien sympathiques.
Bon, La Louvière, ce n’est pas vraiment une destination à placer sur les dépliants touristiques (quoique certains y arrivent quand même). Dans le style post-apocalyptique, c’est certainement un des fleurons. Il suffit de passer devant les anciennes usines Boch pour s’en rendre compte.
Mais, au moins, il est possible d’y faire du vélo. La première étape (100 mètres) nous a amenés vers le musée de la Gravure et de l’Image Imprimée où nous avons pu voir ce qui, à mon sens, doit être la plus grande collection de taches du monde. Il y en a de toutes les formes et pour tous les (d)(é)gouts.
Ensuite, nous nous sommes dirigés vers le canal du Centre et vers un des ascenseurs hydrauliques (mis en service à la fin du 19ème siècle) où nous avons marqué un arrêt à la cantine des italiens puis nous avons continué à longer le canal en passant devant le dépôt des usines Boel (un autre fleuron de la décrépitude locale).
Après une dizaine de kilomètres le long du canal, nous sommes arrivés au nouvel ascenseur à bateaux de Strepy-Bracquegnies. De loin, cela ressemble à un bunker au milieu des champs. Et, de près …, ben, c’est la même chose. Quelques millions de tonnes de béton et d’acier qui servent à monter et descendre des péniches sur un dénivelé de 73 mètres. Cet ouvrage est typique de la bonne ( !) gestion de nos élus : commencé en 1982 et ouvert à la navigation en … 2002, après 20 ans quelques 650 millions d’euros (une paille !). Pendant un certain temps, le budget qui était alloué à sa construction représentait les deux tiers du budget total octroyé par la Wallonie aux investissements d'infrastructure (de là l’état de nos routes). Son achèvement a été maintes fois remis en cause : en effet, les besoins des voies navigables ont diminué au cours des années et sa rentabilité était douteuse. Mais l'investissement déjà consenti ne pouvait être abandonné.
Lors de sa conception, il avait été prévu pour transporter des péniches de 1350 tonnes. Actuellement, il existe des péniches de 3000 tonnes. L’époque du début de sa construction était encore celle où la sidérurgie était (seulement) au début de son déclin.
A l’intérieur, une exposition ( !) qui présente le record du monde du saut en longueur de Mike Powell en 1991 avec un bon de 8.95 mètres. Un peu bizarre comme "œuvre" mais, bon, c’est contemporain, non ? L’entrée se fait par un hall d’accueil gigantesque uniquement chauffé par des radiateurs électriques directs. Gestion vous avez dit « gestion » …
De là, nous sommes repartis vers un autre ancien ascenseur à bateaux (le n° 3) où nous avons pu nous installer pour engloutir le pique-nique (made in Valérie).
Sustentés, nous sommes partis vers le charbonnage de Bois-du-Luc où une petite visite nous était préparée par un spécialiste local qui valait le détour à lui seul pour son enthousiasme et ses connaissances historiques.
Ensuite, nous sommes retournés vers La Louvière et la maison d’édition du Daily Bul. Les ramollissements de Pol Bury de même que le Lexicon (le bien nommé) de Roland Breuker méritent le détour. A cinquante mètres de là, le musée Ianchelevici et ses machines improbables est intéressant à visiter. J’ai particulièrement apprécié la ville végétale de Luc Schuitens. Bon, il faut quand même bien reconnaître que pas mal d’œuvres relèvent plus d’un processus masturbatoire que de génération artistique spontanée. Mais c’est quand même intéressant de savoir que notre Terre génère d’autres tarés que soi même et que, parfois (rarement), l’avenir appartient aux fous.
En résumé, une bien bonne journée sans pluie, avec de charmantes personnes pour une trentaire de kilomètres à plat. Belle initiative de la ville de La Louvière qui n’a malheureusement pas été payée comme elle l’aurait du.
Eric

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